Le 5 novembre dernier, l’AR-14- IHEDN organisait à Lyon une table d’hôtes consacrée à « l’Estonie, un géant numérique ». Une trentaine de membres étaient présents pour cette reprise attendue des tables d’hôtes, en présence de S.E. M. Lambert Ezoa Aka, consul général de Côte d’Ivoire, doyen du corps consulaire à Lyon et de M. Marius Meillet, ancien président de l’AR31 Guadeloupe. Le conférencier, Hugues Pouzet, est consul d’Estonie, secrétaire général du corps consulaire de Lyon et officier de réserve citoyenne de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Il a présenté l’Estonie en photos, avec un enthousiasme certain où perçait cependant une certaine inquiétude vis à vis de la Russie.

L’Estonie jouxte quatre pays, Lettonie, Suède, Finlande et, sur 294 km, Russie. Sa superficie est de 45.000 km2, soit un peu plus de la moitié de la région Auvergne-Rhône-Alpes, une population de 1,36 M° d’habitants, 5 fois moins que notre région et une densité de seulement 30 hab/km2, quatre fois moindre. Le pays est couvert à 49% de forêts, 14% de marais et tourbières ; il compte 150 rivières et 1.400 lacs, dont trois grands lacs qui forment la frontière avec la Russie, prolongée au nord par les 75 km du fleuve Narva. La frontière avec la Russie, jamais ratifiée, y est matérialisée par une ligne de bouées. L’Estonie est bordée par le golfe de Finlande et la Mer Baltique : une position stratégique convoitée. La langue officielle est l’estonien, proche du finlandais, tandis que 30% de la population est russophone, issue de familles russes transférées pendant l’occupation soviétique qui a duré 50 ans, jusqu’en 1991. L’Estonie a adhéré à l’Europe et à l’OTAN en 2004.
En réponse à l’animosité des estoniens vis à vis des Russes, ces derniers déclenchent en 2007 une attaque cyber de grande envergure qui, finalement, va rendre un grand service à l’Estonie ; le pays va décider de développer le secteur du numérique jusqu’à en devenir le spécialiste au niveau européen, conseiller de plusieurs pays dans le monde. Une simple carte plastique d’identité permet d’avoir accès à 99% des administrations, de se marier en quelques minutes et de créer sa société avec une e-domiciliation à partir de n’importe quel pays. Tout est numérique… mais le taux de chômage est de 7%.
L’Estonie est le pays qui compte le plus de startups technologiques par habitant : saunas SAUNUM dans lesquels température et hygrométrie se règlent à volonté, gestion de vélos BIKEEP, scooter électrique pliable STIGO, transfert d’argent par WISE… Rendez votre voiture de location ELMO n’importe où, elle sera prise en main à distance et reviendra à l’agence sans chauffeur à bord. On peut se faire livrer ses sandwiches par un petit robot STARSHIP bardé de caméras et de capteurs qui traverse les routes et les parcs jusqu’à votre banc. Une invention duale à n’en point douter, mais moins militarisée toutefois que les drones et robots MILREM.
En matière d’enseignement, les sciences dures, comme la physique ou les mathématiques sont une priorité, mais la culture n’est pas oubliée pour autant. Un Festival de la Chanson se tient tous les cinq ans à Tallinn. Arvo Pärt est un compositeur très connu dont les œuvres sont jouées dans le monde entier, souvent pour des musiques de films et des spectacles de danse. Les chants polyphoniques du peuple Seto sont inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Des spectacles sont organisés dans une ancienne usine de sous-marins à Tallinn.

Crédit photo: TV5
La cuisine estonienne est très inventive et a su intéresser le Guide Michelin. Elle emprunte au monde entier des saveurs nouvelles, mais n’oublie pas les plats traditionnels : soupe d’anguilles, pain de seigle inimitable, bières parfumées, myrtilles sauvages, concombres marinés, petits pois dégustés comme des bonbons, lichen au jus de framboise et carpaccio de cerf, mayonnaise aux algues,… En 2020, le Bocuse d’Or était accueilli à Tallinn. Chaque année est organisée une fête où chaque maison devient une cafétéria, avec des plats préparés et vendus par la maîtresse de maison, souvent habillée d’un chemisier à fleurs, d’une robe rouge plissée et coiffée d’un foulard de couleur, voire d’une couronne de lavande.
L’Estonie ne souhaite pas diluer sa culture, si chèrement préservée en acceptant une immigration non souhaitée. L’armée estonienne est une force de défense composée de forces terrestre, d’une marine, d’une armée de l’air et d’une organisation paramilitaire obligatoire pour hommes et femmes. C’est l’un des rares pays européens à avoir collaboré avec les armées françaises au Mali -même si manœuvrer dans le Sahel n’a rien à voir avec les forêts, les marais et les routes gelées en hiver-.
À bien des égards (niveau de vie, PIB par habitant, dette nationale, indice de corruption, niveau d’éducation, liberté de la presse, protection de la nature et qualité de vie) l’Estonie est un pays exemplaire qui a su tirer le meilleur d’un contexte difficile pour reconquérir son histoire.
Rédaction : Patrick Rolland et Jean-Christophe Beckensteiner
Mise en ligne : Julien Tomek

