La transformation numérique et la révolution des intelligences artificielles génératives intervenue courant 2023 ont renforcé l’enjeu que représente l’information dans nos sociétés actuelles. Sa production, son accès, son traitement et son intégrité sont devenus des enjeux majeurs, tant au niveau personnel que professionnel. L’information est au cœur du fonctionnement des organisations et de la société, faisant l’objet de réflexions nationales et internationales, en particulier pour en éviter la manipulation à des fins malveillantes.
Pour répondre à ces enjeux, le CyberCercle, en partenariat avec l’AR14 IHEDN et les Jeunes IHEDN, a organisé le jeudi 30 mai à l’Institut Libre des Etudes de Relations Internationales (ILERI), une conférence autour de deux axes majeurs : la vulgarisation auprès du grand public et les enjeux économiques et politiques.
Ouverte par Bénédicte Pilliet, présidente du CyberCercle, et conclue par David Yendt, président de AR14 IHEDN, la manifestation a proposé une table ronde animée par Marina de Castro, déléguée régionale Auvergne Rhône-Alpes, advisor CyberCercle : « nations et organisations face à la désinformation : enjeux et réponses ».
Un nombre croissant d’opérations de désinformation étrangères s’emploient à créer un désordre informationnel, constate Nathalie Huet, Senior Analyst, Media & Desinformation chez NewGuard Technologies : faux sites usurpant ceux de médias reconnus (TF1, RFI France 24…), fausses vidéos, campagnes plus discrètes rattachées à des sites étatiques (Russie, Iran, Chine…) et s’appuyant sur des relais nationaux, sites utilisant l’IA aux fins de désinformation : il s’agit de créer ce désordre informationnel à partir de narratifs sur Ukraine, Jeux Olympiques, immigration et autres.
L’objectif est effectivement de fragiliser le lien social des pays visés (la France est le 15e pays au monde le plus victime de cyber-attaques), confirme le colonel Arnaud Lambolez, chef de corps du Centre interarmées des actions sur l’environnement, de modifier également les perceptions des opinions publiques au profit de puissances étrangères comme de groupes d’intérêts. Ceci en exploitant nos biais cognitifs, tant notre cerveau adore les fake news : surprise, émotions (colère, indignation, sympathie…) et prise les réponses simples aux problèmes complexes, tandis que notre système médiatique rémunère la course au sensationnalisme. Réseaux russes, israéliens, chinois… toutes les nations s’y mettent et les compétiteurs ne se cachent même pas. Comment fragiliser l’adversaire ? Discréditer chefs politiques et militaires à l’aide de trolls, bots, faux comptes, journaux en ligne, ceci avec l’appui d’idiots utiles. La propagande russe, par exemple, pilonne en détournant des sites alertant sur les punaises de lit, la présence de mercenaires français en Ukraine etc. ou en faisant agiter son drapeau ou celui de l’Azerbaïdjan en Nouvelle-Calédonie… L’influence est une fonction stratégique. Trente quatre secondes après l’explosion tragique de l’usine AZF à Toulouse en 2001 tombait une dépêche de l’AFP… Que fait-on durant ces trente-quatre secondes ? Aujourd’hui, elles seraient occupées par les fake news – et ce sont les plus de soixante ans qui y sont les plus réceptifs -.
Quels sont les outils de contre influence et de contre ingérence s’interroge Philippe Margaine, membre de la commission « manipulations de l’information » de l’Association des auditeurs en intelligence économique de l’IHEDN ? Nous vivons dans une société d’images (qui demeurent dans l’inconscient) et d’instantanéité qui n’a plus ni recul, ni frontières (entre les territoires, entre le public et le privé…) et obéit d’abord à une logique économique. Tous les coups sont donc permis, aussi bien de la part des entreprises que des Etats. Le phénomène est d’une telle ampleur qu’il convient à présent de distinguer manipulation de l’information, désinformation, « mésinformation », « malinformation », tout ceci amplifié par l’IA générative – une affirmation illustrée par les désormais célèbres photos de l’arrestation de Donald Trump par la police américaine et celle du pape François en doudoune -. Des algorithmes peuvent cibler aussi bien réseaux sociaux que contenus ou zones géographiques et attaquer sur mesure. La désinformation s’industrialise et souvent recourt à la sous-traitance : groupes d’activistes, hackers, politiciens, gouvernements… Ses cibles : journalistes, grand public, milieux universitaires. En face, essentiellement des outils spécialisés dans la vérification de l’information.
Certes. Mais tout participant senior à la conférence a du se dire que ce que l’on nommait autrefois culture générale, esprit critique et bon sens – aujourd’hui peu en odeur de sainteté – sont peut-être les meilleurs, sinon les plus branchés, antidotes à la désinformation…

Rédaction: Alain LABAT
Mise en ligne: Marina de Castro
