Il n’y a pas que les catastrophes humaines dans la vie – dont, au premier rang d’entre elles, la guerre – il en est aussi, et de plus en plus, de naturelles et technologiques, qui de façon croissante sollicitent les forces armées. C’est sur ce thème que la Collégiale des Référents Défense et Sécurité Nationale de l’Enseignement supérieur de l’Université Lyon-Saint Etienne a proposé une passionnante table ronde, tenue le 06 mars à l’Université de Lyon www.referents-defense.universite-lyon.fr .
Quel est le rôle des Armées en situations exceptionnelles, et notamment en ce qui concerne la préparation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 ? C’est avant tout, explique le lieutenant-colonel Philippe Creuset, DMD adjoint du Rhône, la protection du territoire et des citoyens. Elle se décline en de multiples domaines : approches aériennes et maritimes, zone économique exclusive française, environnements satellitaires, cyber et espace informationnel. Il s’agit de contrer les agressions, étatiques ou non, et de répondre aux catastrophes sanitaires ou technologiques dans le cadre d’un dispositif – l’organisation territoriale interarmées de défense créée en 2000 – dirigé par le chef d’état-major des Armées, qui agit sur le milieu des engagements terrestres (7 zones de défense/sécurité, 5 outre-mer). Localement, l’officier général de la zone de défense et de sécurité est conseiller militaire de la préfecture et organise la contribution des armées à la défense civile. Le Code de la Défense est sans ambiguïté : « aucune force armée ne peut agir pour les besoins de la défense et de la sécurité civiles sans une réquisition légale », principe qui ne souffre nulle exception, de l’Opération sentinelle à la coupe du monde de rugby en passant par les catastrophes naturelles, l’aide à la population de Mayotte ou la lutte contre l’orpaillage en Guyane… L’engagement dans la sécurisation des JO sera à ce titre la plus importante opération conduite en France depuis des décennies : inspections de sécurité, dispositif face à une menace terroriste militarisée, protection des sites et espaces, cyber défense en appui à l’ANSSI.
Loin de l’hexagone, les Armées sont aussi intervenues dans la lutte contre l’épidémie Ebola en Afrique de l’Ouest témoigne le médecin-général Henri-Pierre Boutin. En sept 2014 , le président de la république décide la participation de la France à la lutte contre cette épidémie et le déploiement à Conakry d’un centre de traitement des soignants, les premiers atteints : un hôpital sous tente avec « chambres jetables » – un concept nouveau – et son entourage de soutien, gérés par un détachement d’une centaine de personnes, sont projetés dès le mois de novembre. Il s’agit de combattre un virus redoutablement mortel (plus de 10.000 décès) et très facilement transmissible qui fait des ravages dans la zone forestière entre Guinée, Sierra Leone et Libéria, pays aux systèmes sanitaires très dégradés. Pourquoi la France intervient-elle (avec les Royaume Uni et les USA) ? Des liens historiques avec la Guinée, l’intérêt stratégique régional (détachements en Côte d’Ivoire et au Sénégal, opération au Mali…). L’opération a été préparée par le Service de santé des armées, au Régiment médical de l’armée de terre de La Valbonne avec la participation du 2ème régiment de Dragons spécialisé dans la lutte NRBC.

Plus loin encore, les militaires français sont intervenus à Fukushima en mars-avril 2021. Séisme de magnitude 9, tremblement de terre (10.000 morts, 17.000 disparus, 200.00 évacués), un tsunami aux vagues hautes de 8 m. et des dégâts touchant les centrales nucléaires – un nuage radioactif mais non reconnu comme tel, un réacteur en fusion -, exigeant de mettre à l’abri des centaines de milliers de Japonais. Le général de brigade Vincent Pech de Laclause, aujourd’hui général adjoint de la ZDS sud-est, était à la tête du détachement des 120 personnels des forces militaires de la Sécurité civile engagés au Japon. Mission : recherche des victimes, assistance aux populations, appui à l’ambassade de France, notamment pour rendre confiance aux résidents français – beaucoup binationaux – et encourager le retour des expatriés. Mais ceci dans une autre culture, un pays où les Etats-Unis sont très présents, avec des règles d’engagement différentes et un rapport particulier à l’aide étrangère. Un dilemme, de surcroît : sauver des vies, mais protéger les sauveteurs… et gérer la peur.
Les opérations d’évacuation de ressortissants au Soudan en avril 2023 n’ont pas été moins périlleuses. L’Opération Sagittaire, à laquelle a pris part le médecin-chef urgentiste Hugues Lefort, s’est déroulée dans une capitale soudanaise où s’affrontaient violemment pour la conquête du pouvoir les 100.000 hommes de l’armée régulière et les 80.000 des Forces de soutien rapide. La France a déployé 150 militaires pour assurer les soins d’urgence dans le cadre de la chaîne de survie du blessé de guerre, civil ou militaire, soutenir et évacuer ses ressortissants et autres, qui ont eu à gérer 1.800 personnes sur l’aéroport de Khartoum, dans des conditions climatiques et sécuritaires très difficiles.


Elles n’étaient pas moins complexes en regardant le soutien médical en Égypte au profit des populations de Gaza en décembre 2023. C’est dans le cadre de la coopération civilo-militaire que le porte-hélicoptères amphibie Dixmude a accosté à El-Arish en Égypte, afin d’acheminer du fret humanitaire pour la population de Gaza et apporter des soins médicaux aux populations déplacées. Au cours de ses deux mois de présence, détaille le capitaine de corvette Sylvain Boyer (Centre interarmées des actions sur l’environnement), le bâtiment, qui avait embarqué, outre ses 22 médecins, des personnels médicaux Singapouriens, Belges et Danois, a traité 124 blessés lourds (la moitié des blessés étaient des enfants), assuré 1.300 jours d’hospitalisation, 300 jours de chirurgie et 2.000 consultations. Les Égyptiens choisissaient seuls les malades autorisés à embarquer sur le Dixmude, idem pour le navire italien chargé d’une mission identique… La coopération civilo-militaire, en charge des relations entre les armées et les acteurs civils est essentielle à la compréhension de l’environnement d’opérations exigeant de complexes opérations aériennes, tant sur le plan opérationnel que diplomatique, dont le colonel David Martel, commandant du Centre air de planification et de conduite des opérations de la BA 942 Mont Verdun, fournit un exemple éloquent avec celle menée au Soudan.
Affronter ces catastrophes est aussi un combat, comment y faire face ? En se persuadant, dit un intervenant, que « le seul jour facile était hier et que le fonds est toujours en pente »…
Rédaction: Alain LABAT
Mise en ligne: Marina DE CASTRO
