Retour sur les 2ème Rencontres Défense et Cyber

Présidée par Bénédicte Pilliet, le CyberCercle a proposé le 19 septembre une riche journée de Rencontres Défense & cyber, tenues à l’Hôtel du Département du Rhône et ouverte par son Président, Christophe Guilloteau puis clôturée par Juliette Bossart-Trignat, Préfète déléguée à la défense et la sécurité, récemment nommée à ce poste.

A l’occasion de cet évènement, un partenariat a été signé entre l’AR14 IHEDN et le CyberCercle.

Depuis 2009, la Loi de programmation militaire aborde la menace cyber, notamment pour les opérateurs d’importance vitale, à la fois sous l’aspect militaire et celui de la sécurité civile, rappelle le chargé de mission PME/ETI de défense à la Direction générale de l’armement du ministère des Armées. Trois domaines de lutte sont concernés : lutte informatique défensive (le ministère des Armées a connu 831 intrusions l’an dernier), lutte offensive, lutte d’influence – l’histoire appartient à ceux qui la racontent – . Une guerre informationnelle, aux offensives hybrides, qui concerne en réalité toute opération… Les capacités de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) ont été renforcées, celles du Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER), créé en 2017, également, qui comptera 5.553 combattants en 2030 (4.600 aujourd’hui). Au-delà des moyens humains, l’accent est mis sur la cryptographie post-quantique et l’intelligence artificielle. Mais les défis demeurent nombreux, internes : ressources humaines (formation, attractivité, salaires…), collaboration entre services, et externes : la course au cyberespace est très compétitive et les alliés peuvent se muer en adversaires – la course à l’espace avait provoqué la chute de l’URSS… La résilience est donc au cœur du sujet.

Regardant cette menace cyber, les voyants sont au rouge : le tiers des PME subit des attaques, notamment celles de la Base industrielle et technologique de défense (BITD, 4 à 5.000 entreprises, dont un millier critiques, au niveau de sécurité faible). ANSSI, DGE, DGA, Régions… la menace est à présent perçue. La DGA a élaboré un référentiel national de maturité cyber à 4 niveaux, adossé à une certification croisée, et un diagnostic de cyber défense est proposé. Le Sous-directeur protection & résilience des entreprises à la Direction générale de l’armement (ministère des Armées) constate que les règles élémentaires de l’hygiène numérique ne sont pas respectées : la DGA a créé un service dédié. Beaucoup a été fait, beaucoup reste à faire : mieux vaut faire que parfaire.

Depuis 2018, la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) entend elle aussi contribuer à protéger la BITD : elle a créé le CERT Entreprises de défense, révèle le Lieutenant-colonel à la tête de ce service. Une menace protéiforme liée à la transformation numérique des industries de défense, aux lourds préjudices – financiers, opérationnels, humains -. Les acteurs en sont : Etats (Russie, Corée, Chine…), cyber criminels, activistes et autres qui visent chaînes d’approvisionnement, désinformation, ingénierie sociale et dont les motivations regardent espionnage, idéologie, déstabilisation, finances (le coût moyen d’une cyber attaque est de 50.000 €). L’action de la DRSD s’appuie sur son maillage territorial : veille, prévention, anticipation, réponse aux incidents. Hameçonnage, fraude au virement, fraude au président, défiguration de site, piratage de compte, usurpation d’identité… la DRSD propose les bons réflexes, pour se préparer au pire.

Un atelier, Cybersécurité de la supply chain de défense, a été proposé aux professionnels, en même temps qu’une conférence ouverte, Captologie, influence et technologies persuasives, animée par deux experts.

En lien avec les stratégies d’influence et de désinformation, on entend par captologie non la science de captation de l’attention, mais les technologies persuasives – l’économie de l’attention, c’est du passé -. Elles utilisent Internet, mobiles, jeux vidéo, réalité virtuelle etc. afin de changer les comportements. Il ne s’agit plus de capter une attention de plus en plus réduite, mais de la formater, avec des applications qui doivent idéalement solliciter toutes les 8 minutes… En proposant de faciliter les tâches : la facilité compte plus que la motivation pour rendre impuissante la volonté. On utilise abondamment les neurosciences (notifications, récompenses, sociabilité, peur de passer à côté de quelque chose…) sur le champ de bataille de l’attention, le tout personnalisé avec l’intelligence artificielle

et les données. Polarisation des idées, exploitation des biais cognitifs, biais de confirmation : la fake news est le produit parfait de l’économie de l’attention ! Rétablir la vérité n’a aucun intérêt : la vérification fait perdre temps et argent. Difficile donc de lutter contre la désinformation, sinon avec l’OSINT (Open Source INTelligence ou renseignement en sources ouvertes) ; contre les fake news, les réponses doivent être offensives, factuelles et pédagogiques. Il s’agit de contrer les technologies (IA, ChatGPT censuré ou non) et acteurs d’influence (sociétés spécialisées, Etats, groupes contestataires et conspirationnistes) : les solutions connues sont l’éducation et la réglementation (par exemple le Digital Service Act de l’Union européenne). Bienvenue dans un monde où le scandale Facebook – Cambridge Analytica fera vite figure de travail d’amateurs débutants.

Rédacteur: Alain LABAT

Mise en ligne: Marina de Castro