LES JEUNES IHEDN EN VISITE CHEZ MICHELIN : BIBENDUM AUX ARMÉES

Les Jeunes IHEDN de Lyon et de Clermont-Ferrand ont organisé le 28 avril une visite du site Michelin de Cataroux, site historique de la fameuse marque clermontoise, devenue une multinationale employant 130.000 collaborateurs dans 18 pays.

Sur cette emprise de 42 ha en pleine évolution, indique Gabriel Lefeuvre, DRH du site, 1.700 personnes se consacrent à la production de pneus en petites séries, fabriqués avec autant de technologique que « d’artisanat » – aussi bien pour la formule 1, les bolides amateurs, rames de métro, avions, véhicules militaires. On y teste des solutions pneumatiques mises ensuite au service du consommateur classique. Mais aussi pneus motos GT et « pneus énergie » (un plein de carburant sur cinq est utilisé par la résistance des pneus au roulement…). 500 sous-traitants sont mobilisés pour une production aujourd’hui particulièrement attentive à l’environnement : celle utilisée pour les 24 heures du Mans est à 63% issue de filières recyclées, tandis que les programmes environnementaux regardent eau, énergie, solvants organiques… Cataroux est aussi un site patrimonial consacré à l’aventure Michelin – son célèbre Bibendum est, depuis quinze ans, régulièrement élu « Logo de l’année » -. On y trouve l’Ecole du pneu, un centre de recyclage, un complexe culturel et sportif ; un pôle innovation collaboratif pour startups ouvrira en 2025. Seul groupe du CAC 40 dont le siège n’est pas parisien, Michelin emploie 19.000 salariés en France (71% d’agents, 29% de collaborateurs et cadres, dont 10,4% de femmes, un pourcentage que l’on cherche à augmenter en réduisant la pénibilité). L’âge moyen de ce personnel très engagé dans l’entreprise est de 40 ans.

« La place Vendôme du pneu ».

Si Michelin travaille pour les armées de terre, de l’air, de mer et la gendarmerie, ce n’est pas une industrie de défense, secteur qui en 2022 n’a représenté que 1,8% des activités du groupe. L’entreprise – qu’il nomme « la place Vendôme du pneu » – est pour le général Pierre Chavancy, Directeur des affaires publiques, et ce depuis la Première guerre mondiale (avions Breguet, Taxis de la Marne…), un acteur engagé dans la défense. Son établissement de Montceau-les-Mines fabrique les pneumatiques de l’armée de terre, celui de Bourges ceux du Rafale et du F35 américain. L’agriculture (adaptation à la nature des sols), le sport automobile, les véhicules de pompiers (ceux d’aéroport ont les pneus les plus exigeants), le secteur minier présentent par ailleurs en la matière autant de problématiques techniques similaires à celles du secteur de la défense. Dans la plupart des pays, rappelle l’ancien Gouverneur militaire de Lyon, cette défense tire l’innovation, en particulier dans un groupe qui a quatre grands métiers :

· sécurité et mobilité,

· énergie-autonomie,

· simplification supply chain et maintenance

· matériaux HT et furtivité.

Six armées sont stratégiques pour un groupe où l’éthique prime sur les affaires : France, Allemagne, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Inde et Australie. En France le groupe, qui fabrique de grandes cages de Faraday, travaille aussi avec la Marine nationale (matériaux HT), Dassault Aviation, Airbus. Aux Etats-Unis, la moitié des affaires se font avec les armées, et le partenariat avec les forces spéciales est important. Continental est le grand concurrent allemand… mais 90% de la Bundeswher roule Michelin. L’Australie est un petit marché, mais – ASEAN, mer de Chine méridionale – géographiquement essentiel. Michelin suit attentivement la montée en puissance de l’Inde, où il a un important projet d’implantation, et de la Corée du Sud ; il s’appuie sur une demi-douzaine de partenaires : Naval Group, Nexter, Arquus, SAAB, Iveco… Combat de haute intensité, souci des dommages collatéraux et des tirs amis, faible empreinte environnementale exigent des véhicules toujours plus lourds, ce qui n’est pas sans conséquences pour le groupe Michelin : il se doit de comprendre – de l’Inde à l’Arctique – les conditions d’utilisation des véhicules militaires. Il n’en faut pas moins être capable de maîtriser la

fin de vie d’un pneu – Michelin dispose à cet effet d’une usine de pyrolyse au Chili – et savoir en fabriquer de neufs à partir d’usagés. Mais le pneu, c’était hier : aujourd’hui la donne change pour les armées : impression 3D métal, chenilles souples, filets de camouflages intelligents, furtivité augmentée… Nunc est bibendum : hier comme demain, Michelin boit l’obstacle !

Rédaction: Alain LABAT

Mise en ligne: Marina DE CASTRO