« La mémoire est la plus fidèle des amies »
Dai Wangshu (1905-1950), ancien étudiant à Lyon, poète et traducteur
Cette visite du Nouvel Institut Franco-Chinois de Lyon a été organisée par son vice-président, Alain Labat, membre associé.
Professeur agrégé de chinois, Alain Labat a notamment été membre du comité d’évaluation de la coopération décentralisée franco-chinoise au ministère des Affaires étrangères et rédacteur en chef de la revue « Planète chinois », vice-président du Nouvel Institut Franco-Chinois, président de la Fédération des associations franco-chinoises, il est également chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur et citoyen d’honneur de la ville de Guangzhou (Chine).

Quelques notions importantes :
• Les relations de la ville de Lyon avec la Chine sont très anciennes et se sont organisées tout d’abord autour de la soie.
• La Chine s’est vu imposer une domination humiliante par les nations européennes lors des deux guerres de l’Opium au milieu du XIXè siècle. Elle a une revanche à prendre sur l’Occident.
• Au début du XXè siècle quelques dizaines d’étudiants chinois sont venus suivre des études à Lyon, en université et dans les grandes écoles civiles et militaires afin de pouvoir rivaliser avec l’Occident.
• En 1921, plusieurs de ces étudiants ont découvert en France les valeurs de la Révolution française et ont été les premiers cadres du jeune parti communistes chinois fondé en 1921.
• Aujourd’hui l’institut Franco-Chinois initie et soutient des échanges entre la France et la Chine dans les domaines les plus divers.
Notre grand ancêtre dans le domaine de la soie
En suivant les routes de la soie dès l’antiquité romaine, les secrets de l’élevage du ver à soie et de la fabrication des soieries ont peu à peu été percés par les européens, en particulier les Lyonnais. En 1540 François Ier leur accordait le monopole de la production de soie, tandis que les imprimeurs de la rue Mercière se spécialisaient dans les ouvrages sur les nouveaux mondes, dont l’Empire du Milieu. Napoléon Ier confirmera ce monopole en 1805. Si les Jésuites furent les premiers à séjourner en Chine pour l’évangéliser habilement, ils furent bientôt suivis par des entrepreneurs et des commerçants aventureux qui se lancèrent dans de véritables études de marchés dans le sud-ouest de la Chine, financées par la Chambre de commerce de Lyon. Parmi eux figure l’industriel Émile Guimet qui consacra sa fortune à la connaissance des civilisations orientales et fonda en 1879 à Lyon un musée qui fut transféré à Paris en 1884 où il connut une meilleure fréquentation. Une partie de ses collections sont conservées au musée des Confluences. Émile Guimet (1836-1918) repose au cimetière de Loyasse.
En 1896, Édouard Aynard, président de la Chambre de commerce de Lyon, reçut Li Hongzhang, un important homme d’état chinois, à qui il déclara : « Nous tirons de votre pays l’aliment de notre principale industrie ; et cette industrie […] a précédé la nôtre de tant de siècles, que nous devons respecter votre pays comme notre grand ancêtre dans l’art de la soie. » Ce langage empreint d’humilité et si différent de celui des puissances coloniales qui firent la guerre à la Chine plut aux dirigeants chinois.
En effet, à compter du milieu du XIXè siècle la Chine connut de graves problèmes économiques et sociaux aggravés par des guerres civiles, comme la révolte des Taiping entre 1853 et 1864. La Grande-Bretagne obligea ce vaste pays à s’ouvrir au commerce international et en particulier à celui de l’opium produit en Inde. Les deux guerres de l’opium, 1839 à 1842 et 1856 à 1860, furent les premières d’une série de défaites devant les puissances occidentales. Les moins conservateurs des dirigeants chinois comprirent que la puissance de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, du Japon,… reposait sur leur industrie, l’éducation moderne, la force militaire.
Dès 1872 des étudiants chinois de plus en plus nombreux furent envoyés se former aux États-Unis et en Europe et plus particulièrement à Lyon où fut fondé en 1921 l’Institut C-Chinois, accueilli au fort Saint-Irénée. Parmi ces étudiants, 140 réalisèrent une thèse de doctorat dans une université française, pour la plupart au sein des facultés de l’Université de Lyon. Les disciplines choisies par ces étudiants couvraient l’ensemble du champ académique de l’époque : médecine, sciences naturelles, biologie, pharmacie, mathématiques, lettres, géographie, histoire, droit. D’autres seront formés à l’école supérieure militaire de Saint-Cyr. Certains étudiants sont devenus ensuite des scientifiques réputés, des universitaires de renom, des écrivains ou des artistes reconnus.

Les étudiants chinois découvrent en France le communisme
Le lien entre les étudiants chinois à Lyon au début du XXᵉ siècle et la fondation du Parti communiste chinois (PCC) est dû au Mouvement Travail-Études créé en France (1919-1925). Ce programme, destiné aux jeunes Chinois, combinait travail manuel rémunéré et études supérieures en France. Des discussions intellectuelles et des cercles de lecture clandestins se sont organisés, à quelques mètres de l’Institut, dans le quartier du Trion. Ces étudiants ont été exposés aux idées marxistes et socialistes qui circulaient dans l’Europe d’après-guerre. Les conditions difficiles de travail dans les usines françaises ont souvent radicalisé ces jeunes Chinois, renforçant leur engagement pour un changement social et politique dans leur propre pays. De retour en Chine, plusieurs de ces jeunes ont joué des rôles déterminants dans la création et le développement du Parti Communiste Chinois. Zhou Enlai, futur Premier ministre de la République populaire de Chine, et Deng Xiaoping, leader réformiste post-Mao, ont séjourné en France dans ce cadre Travail-Études.
L’Institut Franco-Chinois de Lyon, créé en 1921 avec le ferme soutien d’Édouard Herriot, fermé en 1951 et rouvert en 1981 sous le nom de Nouvel Institut Franco-Chinois (NIFC), joue un rôle clé dans le renforcement des échanges entre la France et la Chine. Ses actions concernent les aspects culturels, entre autres :
• trois expositions annuelles d’art contemporain qui mettent en avant des artistes chinois et français inspirés par la Chine.
• accueil d’artistes en résidence, en collaboration avec la Maison des Arts de Pékin
• un Festival de la gastronomie chinoise « Les Baguettes Magiques ». Cet événement rassemble plusieurs milliers de participants et s’associe à divers partenaires lyonnais pour proposer des dégustations, des ateliers et des animations autour de la gastronomie chinoise.
• des conférences et forums abordant des thématiques variées liées aux relations franco-chinoises. Un rendez-vous majeur est le forum « Les Confluences Franco-Chinoises », qui se tient chaque automne et réunit des experts, des universitaires et des professionnels pour discuter des enjeux contemporains entre les deux nations.
• des podcasts éducatifs sur l’histoire, la culture et les relations d’affaires franco-chinoises. Ces épisodes permettent d’approfondir la connaissance de la Chine d’hier et d’aujourd’hui.
En clôture de cette visite, Guillaume Arnould, directeur-général du Nouvel Institut Franco-Chinois a évoqué d’autres domaines d’échanges avec la Chine, regrettant toutefois que « si 3500 jeunes chinois étudiaient dans nos universités et grandes écoles de la région Auvergne Rhône-Alpes, seulement 250 Français étaient partis en Chine. »
Que restera-t-il de leur séjour, souvent plus axé sur la civilisation de l’Empire du Milieu que sur ses succès industriels, informatiques ou économiques ?

par l’Institut Franco-Chinois de Lyon, le 26 mars 2024.
Comme aux visiteurs de l’IHEDN ce vendredi 13 décembre 2024, on lui servit du Beaujolais qui, depuis, s’est beaucoup exporté en Chine.
Rédaction : Patrick Rolland
Mise en ligne : Julien Tomek

