Le 27 janvier, les Jeunes IHEDN ont été reçus à l’état-major de la région de Gendarmerie Auvergne Rhône-Alpes, la plus importante des treize régions françaises : 97% de son territoire et 60% de ses huit millions d’habitants relève en effet de la zone gendarmerie. L’occasion de mesurer ce que représente, en termes de moyens, de technicité mais aussi d’engagement (trois gendarmes ont été tués par un forcené dans le Puy-de-Dôme en 2020) la protection des populations – de la lutte contre la délinquance au maintien de l’ordre – dans une société désormais en permanence au bord de la crise de nerfs.
Outre divers matériels – télécoms, lutte anti drones… – le groupe a pu visiter la nouvelle et ultramoderne salle de gestion de crise où trente gendarmes sont en permanence disponibles et projetables. Et où l’on s’emploie, sous l’autorité du préfet de département ou de région, à gérer et comprendre la crise : renseignement – dont le gendarme demeure la première source – police judiciaire, coordination des opérations, télécoms et réseaux, géomatique de crise… Une production destinée au ministère de l’Intérieur.

Les visiteurs ont également eu le privilège d’un exposé complet du général de corps d’armée Laurent Tavel, suivi d’un riche échange. Le tableau brossé par le commandant de la région de Gendarmerie Auvergne Rhône-Alpes témoigne que si, individuellement et collectivement, nous vivons une temporalité de crises successives, pour les gendarmes, elles sont aussi quotidiennes que multiformes. Ils ont ici à traiter rien moins que 17% de la délinquance nationale, dans une région à la forte dimension montagne – des secours (cinq pelotons de gendarmerie de haute montagne) aux flux saisonniers de populations -. Elle compte nombre d’infrastructures sensibles – cinq centrales nucléaires, sites Seveso, entreprises stratégiques -, deux quartiers de « reconquête républicaine », des zones frontalières avec Suisse et Italie, des embolies autoroutières, de grands évènements à anticiper, telle la coupe du monde de ski 2023… et une thématique du loup devenue problème d’ordre public !
Depuis 2021, par ailleurs, la délinquance de proximité a retrouvé ses niveaux d’avant pandémie tandis que l’accidentologie est en forte hausse, tout comme les violences intrafamiliales (la gendarmerie a mis en place des Maisons de protection des familles). Une centaine de projets d’aménagement sont objet de contestation, tandis que l’on note une multiplication des atteintes aux sites sensibles ; dans le collimateur, une mouvance radicale – ultragauche, survivalistes et autres – plus violente et très organisée.

La région de Gendarmerie déploie donc des moyens croissants : 11.600 militaires (415 brigades, 2 groupements de gendarmerie mobile, 4 sections de recherches, GIR et antennes d’offices centraux, 4.000 réservistes opérationnels et 3.850 véhicules, dont 30% ont été renouvelés en deux ans. Elle intervient aussi dans le cyber/numérique, l’aéronautique, les atteintes à l’environnement…
Une montée en puissance identique au niveau national : la gendarmerie connaîtra en 2023 un record historique de recrutements (13.000) et au moins 200 brigades seront créées d’ici 2027 : le prix à payer « pour que force reste à la loi ». Manifestement, les valeurs et métiers de l’une des plus anciennes institutions françaises sont d’avenir…

Rédacteur: Alain Labat
