GARDER LA REPUBLIQUE : LA GENDARMERIE MOBILE A CENT ANS

Les centenaires en pleine forme ont chacun leur secret. Concombre et courgette locaux pour ceux d’Okinawa, pureté de l’air sans égale en Sardaigne orientale, huile d’olive (et absence ce crème antirides) pour les insulaires grecs d’Icarie, « bains de forêt » pour les plus vénérables habitants de Nicoya, au Costa Rica, l’un des pays les plus heureux au monde, porto et cigarillo pour Jeanne Calment… Quid alors de la Gendarmerie mobile, qui cette année souffle ses cent bougies ? Peut-être les intercessions non de Saint Tropez, mais de Sainte Geneviève, patronne des gendarmes. Et sans doute sa devise « valeur et discipline », qu’elle décline en maîtrise, discernement, cohésion et service. 

Quand vacille l’Etat… 

Lointaine héritière des unités de Gendarmerie dites « mobiles » des XVIIIe et XIXe siècles, une Garde républicaine mobile, à pied et à cheval, voit le jour en 1921, première force dédiée au maintien et au rétablissement de l’ordre, afin de pallier au toujours problématique recours à l’armée. Engagée dans l’occupation de la Ruhr, elle subit un choc profond lors des émeutes de février 1934 – quinze morts, dont quatorze manifestants – qui n’est pas pour peu dans sa montée en puissance, regardant doctrine d’emploi et matériels : elle se trouve bientôt dotée d’un peloton motocycliste et d’une unité blindée. Alors que près du tiers de ses rangs a rejoint l’armée de terre, elle paie un lourd tribut aux combats de 1940 ; la Garde républicaine mobile est ensuite dissoute, une partie de ses effectifs rejoignant la Gendarmerie départementale, une autre affectée à une Garde créée en Zone libre…


En 1954, c’est sous l’appellation de Gendarmerie mobile qu’elle ajoute à ses attributions la défense opérationnelle du territoire et entame une période fort éprouvante : nombre de ses hommes ne reviennent pas d’Indochine. Largement engagée en Algérie comme en métropole contre FNL et OAS aux côté de Compagnies républicaines de sécurité qui ont vu le jour à la Libération, elle perd en 1960 quatorze gendarmes lors de la Semaine des barricades d’Alger. Bientôt mieux équipée, y compris d’hélicoptères, lorsqu’en 1968 une nouvelle fois vacille l’Etat, les évènements n’en constituent pas moins un tournant pour la Gendarmerie mobile. Tactique, dotations, organisation sont revues ; en 1969 l’arme se dote à Saint-Astier (Gironde) d’un centre de perfectionnement, devenu Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG), dont le savoir-faire, en matière de rétablissement de l’ordre, dépasse largement les frontières françaises. A sa panoplie aussi, un escadron parachutiste d’intervention puis le fameux GIGN, à l’ère des prises d’otages crapuleuses ou militantes… 

9 novembre 2021, Centre National d’Entraînement des Forces de Gendarmerie (CNEFG) de Saint-Astier : remise des drapeaux aux groupements de la gendarmerie mobile.

Un Centaure pour une centenaire. 

Forte aujourd’hui de 13.500 militaires – dont 638 femmes – répartis en 18 groupements (109 escadrons), la Gendarmerie mobile est depuis 2009 rattachée au ministère de l’Intérieur. Ses équipements – 20 kg pour le gendarme de 2021… – , techniques d’intervention et matériels évoluent à mesure que s’étendent le sceptre et le terrain de ses missions. Le maintien de l’ordre demeure la principale d’entre elles, avec un taux d’emploi toujours en hausse : 220 jours de déplacements par an. S’y adjoignent la sécurité publique, de la lutte contre la délinquance, la sécurisation des grands évènements aux opérations de secours, en montagne ou lors de catastrophes, sans négliger la protection de certaines de nos ambassades, dont celle de Bagdad. Ses escadrons « escortes nucléaires » assurent une mission de protection NRBC (nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique). Acteur de Vigipirate, la centenaire est aussi déployée outre-mer et en opérations extérieures: Afghanistan, Balkans, Afrique .

De la Corse à la Nouvelle-Calédonie – la prise d’otage d’Ouvéa en 1988 reste gravée dans les mémoires – en passant par Notre-Dame-des-Landes, elle doit, entre zadistes, Gilets jaunes et autres black blocks, affronter une variété croissante de trublions à la violence toujours plus décomplexée autant qu’anomique. Confrontée à des contestations désormais dépourvues d’encadrement et d’interlocuteurs voire à terrorisme ou guérilla urbaine, chargée de contenir, dans le cadre de l’Etat de droit, les turbulences d’une société éruptive dont se modifient les rapports à l’autorité comme à la violence, la tâche de la Gendarmerie mobile nécessite une adaptation permanente. Celle des personnels, tous les trois ans en stage au CNEFG, comme des matériels, dont son parc d’un millier de véhicules parmi lesquels les fameux VBRG (véhicules blindés à roues de la Gendarmerie). 

« Pour que force reste à la Loi« , stèle érigée sur la place d’armes du CNEFG pour le centenaire de la Gendarmerie mobile.

Le Ministère de l’Intérieur choisit Soframe pour le renouvellement de sa flotte de véhicules blindés de la Gendarmerie nationale. Source: SOFRAME


Quel cadeau pour ces cent ans ? Dans quelques mois, un nouvel engin blindé, doté d’équipements optroniques, conçu pour le maintien de l’ordre dans des environnements « dégradés », baptisé Centaure, symbole de force et de sagesse… Les pouvoirs publics pourraient à bon escient y ajouter un nouveau Schéma national du maintien de l’ordre résolument adapté à la dureté des temps présents et surtout à venir : la cerise sur le gâteau d’anniversaire ? 

Alain LABAT 

Bibliographie 

Général Pierre DURIAUX, Histoire de la Gendarmerie mobile, CPMGM Editeur, 2021

Crédits photo : DC/LVDG